De Venise au Bourbonnais

En l’an de grâce 1569, Nicolas de Nicolay, "géographe et valet de chambre du roi Charles IX", compose sa "Description Générale du Bourbonnais", inventaire détaillé des villes, bourgs, fiefs, châteaux du Bourbonnais, ainsi que tout ce qui touche à la religion, la noblesse, la bourgeoisie, la justice et la politique de notre belle province. Cet ouvrage, aussi original que rare, outre sa précision, est souvent savoureux à lire, comme le montre ses premières lignes (orthographe d’époque!):

Le païs et duché de Bourbonnais, province de la Gaule Aquitaine, est situé au milieu de la France, en climat doux et gratieux, lequel estant divercifié de riches couteaux et montaignes, plaisantes vallées et campaignes, prairies, estangs et pascaiges, est très délectable et fertil, car il abonde en quantité très grande de tous gros et menu bestail, comme boeufs, vaches et thoureaux, arnes, jumens et chevaux, et pareillement en pourceaux, moutons, brebis, chievres et anneaux, et d’autres espèces de bestail, duquel à cause du commerce et traficq ordinaire qu’en font les Bourbonnois, par toutes leurs foires et marchés avec les estrangers et leurs voisins, en provient richesse inestimable audict païs".

Après une description générale de la province, les dix-sept châtellenies sont étudiées en détail, avec le recensement de chaque paroisse, le jour des marchés et foires, les revenus de chaque domaine, .... On apprend ainsi qu’il y avait 468 feux (foyers) à Montluçon, 130 à Désertines et 51 à "la val saincte Anne" (Lavault Ste Anne).
Parmi toutes ces informations, une particulièrement originale et peu connue, sur la châtellenie de Souvigny.

En l’an 400, les Huns, conduits par Atilla, envahirent l’ouest Européen, y compris une région d’Italie habitée par un peuple appelé "Venissiens". Les plus riches d’entre eux fuirent leur pays et vinrent se réfugier dans l’antique ville des Boiens (les Bourbonnais), peuple belliqueux qui se préparait à se défendre contre "le fléau de Dieu". Les Venissiens leur offrirent leurs richesses pour construire des fortifications et une alliance se fit, concrétisée par de nombreux mariages et une vie commune de quelques dizaines d’années. Le péril écarté, les Venissiens repartirent chez eux où ils retrouvèrent le pays dévasté et durent reconstruire sur des îles de la mer Adriatique, donnant naissance à Venise. Les relations demeurèrent si fortes avec le pays des Boiens que ceux-ci adoptérent le mode de gouvernement de Venise, avec des sénateurs, ..., à tel point que l’on appelait leur ville "sous Venise", déformé en Souvigny !

Belle histoire, n’est-ce pas ?

 

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