Curiosités

Voici quelques petites curiosités glanées dans mes recherches, à la lecture des registres paroissiaux ou d'ouvrages anciens. Les paroissiaux étaient souvent truffés de choses qui nous paraîtraient incongrues dans un document officiel, de nos jours. Mais, à l'époque, les registres servaient aussi parfois de journal à nos braves curés de campagne. Quel régal de découvrir ces petits textes qui nous en disent parfois long sur les croyances, les mentalités et les événements divers vécus par nos ancêtres.

Un vieux remède

 Voilà un remède miraculeux contre les maux de dents en 1780 (orthographe d'origine):

Prené la seconde peau du noyer sauvage une pincée avec une pincée prise aussi avec deux doigts, de même du poivre nouvellement moulû, et une gousse d’ail que vous coupé tres menû, vous pliez le tout ensemble dans un linge tres fin, que vous mettez dans une cuillerée d’eau de vie, et faites consumer la dite eau de vie en mettant la cuiller sur une chandelle allumée ou pres une lampe, aussitot que le feu aura consumé la ditte eau de vie, mettez ce petit paquet sur la dent malade, maché fortement tan de temps que vous pourrez comme un quart d’heure si vous ne vous ennuyez pas de macher, sans craindre de vous bruler, parce que réellement cela ne brule pas, et jamais plus la dent ne vous fera mal

Chicaneries judiciaires

Gilbert Aupetit intente une action en justice, en 1808, au tribunal de première instance de Montluçon.
Il essaye ainsi de récupérer une créance auprès d’un certain Lebourg, de Domérat, auquel il a prêté 80 F et qui lui doit également des "gages domestiques".
Lebourg ne pouvant probablement pas payer, un certain Thevenat est chargé de saisir ses "meubles et effets". Hélas, celui-ci ne vend pas le produit de la saisie au marché de Montluçon, comme prévu et ne semble pas vouloir le rendre !
Thevenat qui ne comparaît pas au procès, est condamné à restituer le produit de la saisie ou à payer sa créance à notre Aupetit, complété des intérêts, des frais et aux "dépens" du procès.
Gilbert Aupetit récupéra-t-il ses 80 F et ses gages, avant de mourrir noyé, six ans plus tard ?
Rien n’est moins sûr ...

Calamités naturelles                           

Burgat, le Curé de Diou nous relate une période noire qui a touché toute la France

Il faut scavoir qu’en l’année 1709 les bleds furent gelés par racine au mois de Janvier, ce qui causa une si grande famine et mortallité qu’il a été impossible d’écrir tous les mortuaires, le boiseau de bled valut jusqu’à trois livres dix sols, la famine durat deux ans, et ont prétent que la moitié du monde moururent, et je peut l’assurer pour cette paroisse

Le langage Montluçonnais "d'hier"

Un nouvel arrivant découvre le vocabulaire populaire des rues de Montluçon, au siècle dernier (d’après le livre du Chanoine Clément "Montluçon et ses richesses d’art"). Mais est-il vraiment d’hier ?

Le jour de mon arrivée à Montluçon, le 1er décembre 1831, il faisait un temps magnifique, la ville était en fête. Curieusement, je m’informai de tout ce brouhaha, de cette effervescence populaires. On s’étonne de mes questions, on me regarde de travers, les passants me traitent de "saccarot", de "bredin". Il n’a pas fini de "bafouiller", celui-là. Qu’est-ce qu’il veut, ce "mameau" !!!
"Mais, citoyens, je suis étranger, j’arrive à l’instant". "Ouache", espèce "d’ébrelingué", me répond-on de tous côtés, vous ne savez pas qu’aujourd’hui le maréchal Soult et le fils ainé du roi Louis-Philippe sont à Moulins et qu’ils viendront probablement à Montluçon. - Ma foi non -
Oh ! pauvre "zizou", pauvre "fafiot" !!!
Une bonne femme a pitié de moi. N’y faites pas attention, me dit-elle, ce sont tous des "jacassous".

Un miracle à Saint Clément

Nos braves curés de campagne étaient parfois un peu rapides pour crier au miracle, lors des nombreux décès d’enfants à la naissance. Voici le récit du curé Dessarte, desservant la paroisse de St Clément, près du Mayet

Un enfant mâle fils legitime de jean Compagnat propriétaire au village copet et de Marie Laurend, né d’hier au soir sur les trois heures au même village, ayant été trouvé sans aucuns signes de vie fut porté sans délais à l’eglise du lieu devant l’autel de nôtre dame, après plusieurs voeux faits à la Ste vierge de la part des parents ayant imposé le St scapulaire sur le mort, le dit enfant par un miracle inattendu a donné des signes autantiques de vie, savoir sur les onze du soir il a totalement changé de couleur, de paleur de l’ivoire qu’il étoit, sa chair est devenue belle et vermeille, il a repris la chaleur naturelle; il a ouvert par deux diverses fois la bouche et a fermé le doigt d’un des témoins; il a pareillement ouvert et fermé l’oeil gauche, sa face est devenue semblable à celle d’un ange, on a crié au miracle et il a été ondoyé par jean Compagnat son oncle paternel; quelques temps après, on a sonné toutes les cloches pour annoncer le miracle. Les témoins qui m’ont déposé cette vérité, et qui m’on certifié le tout sincère sont (...) tous gens de probité et témoins irréprochables, qui ont aussi assisté à l’enterrement avec le père de l’enfant. Lequel enterrement s’est fait le huitieme jour du mois d’aoust de la présente année mille sept cent soixante et il a été inhumé dans le cimetière des petits enfants de cette paroisse avec pompe, après avoir fait sonner toutes les cloches pour la troisième fois, ayant aussi celebré le St sacrifice de l’autel de nôtre dame en actions de graces, chanté le tedeum pour la meme raison avec un Salve. La sépulture dudit enfant n’a été faite en terre sainte qu’après avoir consulté les plus habiles confréres de la conférence qui ont été du même avis que le curé soussigné.